Voix de femmes Acerca de la teatralidad Ariane Mnouchkine & Das Théâtre du Soleil L'école du jeu
Substance 98/99 Les chemins de l'acteur Mise en scène et Jeu de l'acteur Dresser un monument à l'éphémère
La culture contre l'art Théâtralité, écriture et mise en scène Theater in France, ten years of research  

Mise en scène et Jeu de l'acteur
Entretiens, Tome III
Voix de femmes

Franca Rame (Italie) : Le théâtre est une science

Née à Parabiago, près de Milan, en 1929, Franca Rame est originaire d’une famille liée au domaine théâtral depuis de nombreuses générations, puisqu’elle prend son origine dans la commedia dell’arte même. Très jeune, elle est en contact avec le théâtre populaire et la tradition orale et commence à jouer dans la compagnie familiale, alors qu’elle n’est âgée que de huit jours. L’auteur attitré de la compagnie est le père de Franca Rame, Domenico Rame, poète et militant socialiste. Elle y improvise selon les règles de la commedia dell’arte et excelle dans le répertoire tragique et comique.

En 1951, elle quitte la compagnie et est engagée comme actrice au Teatro Olimpia de Milan. Elle y joue dans le spectacle Ghe pensi mi, de Marcello Marchesi. Elle fonde, avec Franco Parenti, Jacques Lecoq et Dario Fo, une première compagnie théâtrale qui se produit au Piccolo Teatro de Milan. Elle y présente Il dito nell’occhio. En 1954, elle épouse Dario Fo. Ensemble, ils fondent, en 1957, la Compagnie Fo-Rame dont les premiers spectacles sont Ladri, manichini e donne nude et Comica finale. Franca Rame y est l’actrice principale tout en occupant la fonction d’administratrice, alors que Dario Fo assume les rôles d’écrivain, de metteur en scène, de scénographe, de créateur de costumes, de mime et d’acteur. Le spectacle Gli arcangeli non giocano a flipper, présenté en 1959 au Teatro Odeon de Milan, marque la consécration de la troupe. En 1968, avec l’aide de la gauche communiste, la compagnie devient la Nuova Scena, coopérative théâtrale indépendante composée d’une trentaine d’artistes et de techniciens, ayant pour mission de sortir le théâtre des lieux institutionnels. Deux ans plus tard, à cause de conflits idéologiques internes, le couple quitte l’association et prend ses distances à l’égard du parti communiste. Franca Rame et Dario Fo créent alors le collectif théâtral La Comune, qui devient vite populaire grâce aux spectacles controversés Morte accidentale di un anarchico (1970) et Non si paga, non si paga! (1974). La troupe est victime de censure et de nombreuses répressions policières. Le 8 mars 1973, toute l’Italie se mobilise lorsque Franca Rame est kidnappée – elle sera violentée et torturée – par un groupe de fascistes en réaction contre les activités politiques du couple Fo-Rame et leur implication au sein de l’organisation gauchiste Soccorso Rosso, fondée par Franca Rame, qui apporte un soutien financier et légal aux détenus pour crimes politiques, et à leurs familles.

Franca Rame et Dario Fo signent et animent aussi plusieurs émissions télévisées dont Canzonissima, comprenant treize épisodes présentés sur la chaîne RAI 1, en 1962. Cette émission très populaire est censurée et, au huitième épisode, le couple décide de quitter l’émission. Pendant quinze ans, ils ne pourront plus travailler à la télévision. Entre 1977 et 1999, la RAI diffuse quelques-unes des pièces théâtrales de Dario Fo : Isabella, tre caravelle e un cacciaballe, La signora è da buttare, Ci ragiono e canto, Settimo: ruba un po’ meno, ce qui représente en tout vingt et une heures de diffusion, ainsi qu’une émission animée par Franca Rame, Parliamo di donne, qui lui vaut le Maschera con lauro d’Oro, comme meilleure actrice. En 1980, la RAI diffuse une nouvelle émission : Buonasera con Franca Rame.

En 1980, Franca Rame, Dario Fo et leur fils Jacopo créent la Libera Università di Alcatraz, centre culturel de développement situé en Italie, entre Gubbio et Perugia, ayant comme mission la restauration des maisons détruites et abandonnées de la région, ainsi que le soutien aux artistes et aux groupes culturels. Différents types d’activités artistiques, sociales et thérapeutiques y sont organisés.

En tant qu’actrice principale de la compagnie, Franca Rame joue dans la majorité des spectacles écrits et mis en scène par Dario Fo, notamment dans L’operaio conosce 300 parole, il padrone 1000 : per questo lui è il padrone et Legami pure, tanto spacco tutto lo stesso (1969) ; Tutti uniti ! Tutti insieme! Ma scusa, quello non è il padrone ?, spectacle traitant de la naissance du Parti communiste italien (1971) ; Fedayin, spectaclebénéfice pour la résistance palestinienne, interprété par des feddayin et par Franca Rame qui les a fait venir directement du Liban (1972) ; Basta con i fascisti, création dénonçant la violence du fascisme, dont le texte a été écrit tout de suite après l’enlèvement de Franca Rame (1973), et Il papa e la strega, spectacle sur les réseaux de drogue (1989). À titre d’auteure, Rame écrit, conjointement avec Dario Fo, une série de monologues sur la sexualité, pour la défense des droits des femmes : Tutta casa, letto e chiesa (1977), Una madre (1982), Coppia aperta (1983), Parti femminili (1985), Il ratto della Francesca (1986), L’eroina et Grasso è bello (1991), Sesso? Grazie tanto per gradire (1995). En 1997, elle met en scène, avec Giorgio Albertazzi, Il diavolo con le zinne, comédie écrite par Dario Fo qui en signe également la scénographie et les costumes. Récemment, elle crée L’anomalo bicefalo, comédie satirique sur Silvio Berlusconi, président du Conseil (2003). Franca Rame en est l’interprète. Les spectacles de Fo et Rame sont joués partout dans le monde.

Franca Rame organise aussi des expositions et des stages pour les femmes auteures et les actrices étrangères. En 1984 et en 1990, Franca Rame et Dario Fo remportent le Biglietto d’Oro à Taormina, pour le nombre le plus élevé de spectateurs pour un spectacle. En 1987, ils reçoivent un Obie Award à New York et un Agro Dolce à Campione, l’année suivante. En 1997, le prix Nobel de Littérature est remis à Dario Fo. Celui-ci décide de fonder le Comité Nobel pour les personnes handicapées et de leur donner le montant total de son propre prix, soit un milliard six cent cinquante millions de lires. En 1998, à Madrid, Franca Rame reçoit le prix Leon Felipe pour les Droits de l’Homme. En 1999, avec Dario Fo, elle reçoit le doctorat honoris causa de l’Université de Wolverhampton, au Royaume-Uni, et, en 2000, l’Université Harvard lui décerne un diplôme pour ses mérites artistiques et son engagement social. Toute sa vie, Franca Rame a milité pour un théâtre populaire. Elle s’est employée à dénoncer sans cesse toutes les formes d’injustice et d’oppression.

[Pour des informations supplémentaires sur Franca Rame, voir www.francarame.it

...Rubess

  ... Dresser un monument à l'éphémère
 Retour au haut de la page

Décembre 2007